En Ardennes
Un poème composé en l’honneur de ce très beau département que Dieu aura choisi pour me mettre à genoux. Au coeur des bocages, on y apprend la patience ; sur la Pointe, ses monts avaleurs de soleil nous permettent l’introspection. Si ce fut une inspiration idéale pour révéler la langueur de Catatonia (Judickaël), côtoyer son peuple fut une épreuve, surtout si vous venez de Paris. Je suis heureuse de n’avoir concédé que peu d’années de ma vie à ce territoire, et je prie que l’on m’y oublie si jamais dans un siècle, poussière parmi la poussière, je devenais célèbre !
En Ardennes,
Un grand corps vert, sombre et monstrueux,
Allongé sur les paisibles rives de Meuse,
Tient en sa gueule des générations d’adieux,
Le vide des villages et leur ignorence heureuse.
Sa peau de pierre parsemée de patrimoines,
Aime s’envelopper de brumes au petit matin,
Comme au levé du jour l’on voit le moine
Immobile dans ses nuages d’encens saints.
Ici veille Arduinna sur d’immenses forêts,
Un sanglier sur ses pas, un arc à la main,
Suivie par bien des nutons et feux-follets,
Fées farçeuses et autres lutins.
Hélas ! la déesse est une Bretagne oubliée
Dont on n’a pas nourri la grande féerie
Mais le souvenir des guerres insensées ;
Ici rue des Triés, là celle d’une Infanterie.
Des forêts d’Argonne aux bocages de Thiérache,
La beauté cotoie l’ennui d’un abusé de l’Histoire :
Rimbaud ! que d’outre-tombe l’on fâche,
Figure publicitaire de l’arriériste territoire.
Biotope de splendeurs où vit la misère,
Ce n’est qu’à dos de Bayard, cheval-fée,
Que l’on peut échapper à la vie mortifère
Que contracte en Ardennes, le poète égaré.

Poème issu du recueil « Billets d’âme – T3 – Saison de cendres » – (à paraître)
