JUDICKAËL

Août 2025
194 pages
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Quatrième de couverture
Dans ce roman gothique à la poésie surréaliste, suivez Démence qui vous mènera jusqu’à Catatonia, au manoir de Souffrérance.
Un verre de mélancolie à la main, saluez sa résidente, Judickaël, rejetée du bonheur, qui vous dira tout du mouroir offert à Folie.
Extrait…
Chapitre 1 (extrait)
Il était plusieurs fois, en des royaumes merveilleux, de belles histoires d’amour protégées par le rêve des enfants, où vivaient princesses et chevaliers à la glorieuse vie. Dans l’un de ces royaumes où l’ombre et la lumière sont séparées comme l’ivraie l’est du grain, était un lieu que l’on appelait communément la Grande Ville, car ses pavés s’étendaient à perte de vue sur de grandes allées. Bordées de luxueuses habitations, arpentées par des êtres célébrant sa grandeur, tout y était doré de soleil, vert d’abondance, pourpre d’élégance et bleu d’amour. Une fois adultes, les enfants demeuraient des enfants, insouciants, aussi capricieux qu’heureux, et leurs sourires glacés de sucre illuminaient tout le long de la rue principale qui allait du Palais Royal au Temple des Instances Célestes. Chaque jour, ceux qui avaient reçu le droit de rester en cette ville solaire paradaient dans le sens inverse, envoyant à tous des baisers depuis leurs mains tendues. En revanche, les âmes qui n’avaient pas su plaire aux Fées ou se soumettre à leurs exigences étaient vouées à la périphérie jusqu’à l’exil le plus total. Si elles pliaient sous le fouet des heures lacérant tout espoir, ces fleurs d’ombre pouvaient se réjouir d’une vie au mieux insipide, mais les irréductibles étaient condamnées au chagrin démentiel.
Judickaël était l’une d’entre elles, c’est pour cela qu’elle céda un jour son cœur à la nuit et ses jours à l’ennui. Si sa naissance avait plu aux Fées, son esprit d’aventure et son amour pour l’indépendance étaient tout simplement intolérables pour elles. Alors, lorsque vint son tour de participer à la quotidienne cérémonie des mises à mort de l’enfance, son nom fut inscrit sur le parchemin des exilés. Ces derniers faisaient un pas en avant tandis que les héros repartaient sous les bravos, vers l’abondance d’une éternelle enfance.
Dévalorisés par Destinée, grande prêtresse exécutante du bon vouloir des Êtres Célestes, les appelés montaient les marches lisses du Temple en haut desquelles ils recevaient une robe écarlate, après avoir jeté leurs vêtements dans un feu allumé à cet effet. Puis, filles et garçons s’agenouillaient pour recevoir, tour à tour, la gifle de la pythonisse qui annonçait la fin avant même le début.
La joue rosie et piquante, Judickaël avait ressenti la douleur plus au cœur qu’à la peau. Enfin, sentant soudainement le long de sa cuisse l’humidité chaude d’un sang de jeunesse, un vacillement annonça son effondrement.
Destinée ferma les yeux :
« Adieu, mon enfant. »
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