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Ô mon Croissant !

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Voici un doux billet spontané sur une viennoiserie que j’adore plus que toute autre : le croissant.

Parisienne, je ne doute pas d’avoir un brin d’ADN en croissant, ce qui pourrait expliquer mon lunatisme, ou bien est-ce la lune qui m’a conduit à l’amour du croissant ?!
Peu importe, et nous ne sommes pas là pour parler génétique mais gastronomie, n’est-ce pas ? Alors allons droit au but, car je n’y tiens plus. Pour faire simple, voici ma vision du croissant parfait : ☑︎ à peine gras, ☑︎ absolument croustillant, ☑︎ juste doré, ☑︎ léger.

Ma première évidence fut toutes ces camionnettes de livraison qui se déplaçaient jadis dans les campings. Lorsque ma mère nous emmenait en vacances, c’était toujours dans ces structures, et le week-end, la camionnette du boulanger du coin ouvrait ses portes comme la caverne des quarante voleurs ! Alors, j’étais Ali, les yeux écarquillés devant tant de merveilles.
C’était en Normandie, en Charente-Maritime, Dordogne, Lozère, Vosges ! La France et son légendaire croissant, au beurre, s’il vous plaît, faisait mon bonheur. Et puis… tout a changé. Le goût, la texture, l’aspect. Que s’est-il passé ? Qu’a-t-on fait au croissant ?! Pourquoi n’a-t-il plus du croissant que le nom ?

Hélas ! l’économie est passée par là, avec sa rentabilité toujours plus nécessaire. On a remplacé le beurre fin par des mélanges d’huiles, les farines ne sont plus les mêmes, la rapidité a gifflée le savoir-faire, et j’en passe. Il est devenu plus petit, moins arrondi parce que plus simple à fabriquer et à stocker, sec, mou, bref une « viennoiserie » indigne de porter ces lettres dorées. Et je ne parlerai pas de ces hérésies surgelées que l’on trouve dans les usines à pain qui ont pullulé depuis ces dernières décénies. Restons bien concentré sur la boulangerie traditionnelle puisque le reste n’existe pas à mes yeux. 🤭

En 2025, La Poste fait la joie des philatélistes en imprimant un timbre dédié à l’une de nos fierté nationale : le croissant !

Peu à peu, mes premiers émois viennois, si je puis dire, se sont transformés en déception. Pour moi, ce n’était plus qu’à la campagne que l’on pouvait faire de vrais croissants. Forcément, à force de vivre sur Paris et d’y travailler, mon coeur a développé cette légende ! Et puis… je suis reparti en vacances, un jour, après bien longtemps, et là, horreur, terreur, malheur : des croissants surgelés ou pré-poussés ! Partout ! Diable ! Qui avait donc ensorcelé la camionnette pourvoyeuse de bonheur ?

Alors j’ai compris, que c’était national et que le petit croissant d’or était à tout jamais perdu aux pays de mes souvenirs. Mais, non, l’histoire ne s’arrête pas là ! J’ai persévéré ! Je me suis dis qu’il y avait forcément des irréductibles, des passionnés, des fous du goût, des romantiques ! Car pour aimer le croissant, le vrai, le bon, il faut bien être romantique, et tout à fait amateur de douceur.
C’est bien simple, lorsque j’en détache un morceau (car c’est bien ainsi que l’on doit le manger !) et que je le place sur ma langue, c’est un soupir gustatif qui s’évapore aux cieux. Les anges tombent certainement en pamoison lorsqu’ils nous voient en dégustation !

Boulangerie après boulangerie, je suis arrivée devant la vitrine de Joubert, à Taverny (Val d’Oise), et là, mmmh…! Et là, mes chers amis, ce fut… le délice. Mes quatre cases cochées ! Puis j’ai déménagé, et le Nord m’a ouvert les bras. J’y ai découvert la cougnole, une brioche de Noël qui y est populaire, ainsi qu’en Belgique. Elle porte je ne sais combien de noms, d’ailleurs ! Dans le Nord, il m’a fallut quelques années pour découvrir La Fourmisienne, à Fourmies, et… aïe aïe aïe ! Bon, entre temps, ça et là, j’ai pu en trouver de pas mal, mais c’est un véritable travail de guide touristique, et je suis intransigeante ! 🤭

🥰

Alors non, je n’ai pas retrouvé le croissant de mes vacances d’enfance, c’est un fait, beaucoup de paramètres entrant en compte : la qualité du beurre, celle du blé, et je pense, l’amour. L’amour que mettait en ses produits une génération de boulanger qu’il est aujourd’hui très rare de croiser. Il me tarde, un de ces jours, de croiser une boulangerie de ce que l’on appelle désormais des « paysans boulangers » qui possèdent leur blé, parfois leur ferme, leur moulin… et qui offrent des produits d’antan comme on aimerait s’en délecter communément.

Communément, mais pas quotidiennement. Je serais peiné de m’en lasser, car lorsque le jour du croissant vient, il y a en moi un grand feu qui s’allume, qui dit : c’est le jour saint où l’on célèbre la Mort Blanche ! Sucre ! Sucre ! Sucre ! Consommer sans culpabilité, jusqu’à ce que vertiges s’en suive. Ah ! J’exagère rien qu’un peu, mais c’est un jour où il me semble inviter un Roi et j’aime ça ! Je fais du trajet pour ce sac de croissants, que je mets au congélateur pour lendemain matin. 10 minutes au four à 150°c et ils sont autant délicieux que si je venais de les acheter. Testé et approuvé !

J’ai pris cette habitude dans ma vie d’avoir un jour dans le weekend où les croissants trônent sur la table, loués par les tasses de chocolat, secondés par la brioche moelleuse que regarde avec amour la confiture de fraise et la motte de beurre. Que c’est beau, que c’est appétissant, et pour une amatrice de croissant, comme c’est plaisant !


Petite, je bavais devant les corbeilles pleines de croissants dans le Club Dorothée et autres sitcoms associés.
A la maison, faute de moyens, ma mère prenait des croissants en barquettes au supermarché, tout plats, tout mous, et je n’en mangeais jamais. Lorsque j’ai dit que je voulais les croissants de Dorothée, on m’a dit que j’avais des goûts de riche. Il m’a fallut beaucoup de temps pour comprendre que ma mère n’avait pas les mêmes priorités que moi, que ce n’était pas une question de luxe mais un amour de la qualité, et de la beauté. Et tout ça sans psy ! 😹

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