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L’empire de Lucy

Il était une fois, L’empire de Lucy, une boutique en ligne proposant tout un univers textile.

C’était en 2011, peu après avoir tenté de lancer une marque de vêtements gothiques pour femme enceinte, que j’avais appelé Darkness Mama. Je me souviens encore de la tête de ma Doctoresse de l’époque, mon nourrisson dans les bras. Elle m’avait dit « attention tout de même à ce que ce ne soit pas trop… noir. » 😹

Voici un exemple. Il s’agissait de la jupe Nightmare Avenue (les connaisseurs auront la référence de ce nom qui n’est autre qu’un des excellents titres des Scorpions, issu de l’album Face The Heat).

Je ne suis pas bonne en dessin, mais le principe était de proposer des vêtements majoritairement fait de jersey sur le pourtour du ventre.

Je n’ai donc jamais matérialisé tous ces modèles qui seront resté au placard de mes idées folles. Amoureuse de ce modèle, je vais le retravailler, en créer le patron et le mettre au monde. Je me vois déjà très bien avec ! 😻

Lingettes lavables, une face en tencel (fibre d’eucalyptus, hyper absorbante) et une face polaire (hydrofuge). La première face peut être imbibée d’eau nettoyante et la seconde de crème. Elles peuvent servir à tout : le siège de bébé, le démaquillage, la cuisine…

J’ai ces lingettes depuis 15 ans, elles ont fait les fesses de mes poussins et aujourd’hui sont recyclées pour le plan de travail de la cuisine. Lavable à 90°c en machine, sèche linge, elles supportent tout ! 👑

Associé à cette marque, j’avais créé Rise & Shine, ligne bébé avec couches et lingettes lavables. Je n’ai même pas eu le temps d’aller plus loin que le tout s’est cassé la figure. Dans ma tête. Cela m’avait fait comme un gros panneau interdit, avec un petit graffiti de l’Univers sur la bande blanche : pas pour toi. J’étais bien parti, pourtant j’ai tout arrêté net pour me lancer vers plus d’inconnu encore : la corseterie.

Je dis « inconnu » car je savais coudre depuis toujours dans mon coeur, mais seulement depuis une petite année en pratique. Autodidacte, je me suis lancée dans la couture lorsque je suis parti en congé maternité vers 6 mois de grossesse. J’ai demandé le congé parental de 6 mois derrière l’accouchement pour continuer de créer ma boîte et puis j’ai terminé par une rupture conventionnelle, opportunité issue de la crise de 2008, deux ans auparavant.
Une fois dans la cour des grands, ma naïveté m’a beaucoup aidé pour ne pas paniquer, sinon j’aurai sûrement fait marche arrière. Grâce à dieu, j’avais alors une insouciance qui remplaçait la force mentale, sauf que l’on apprend, on grandi, on commence à voir la réalité de l’entreprenariat et on se dit que… c’était p’t’êt’ pas une bonne idée !
C’était il y a 16 ans. Et je suis toujours entrepreneuse. J’ai appris à adorer être un loup affamé mais libre, plutôt qu’un chien pèpère mais en laisse (cf. Le loup et le chien, fable de J. de la Fontaine).

Bref, Je me suis lancée dans la corsetrie. Vous pourrez tout en voir en parcourant la section couture du blog.

En 2013, j’ai dû cesser, malgré de superbes modèles, car à ce moment là, point de vidéos Instagram, d’influence et autres aides graphiques comme Canva ou l’Intelligence Artificielle : il fallait passer par des modèles alternatifs, les rémunérer en argent ou en vêtements, ne pas être exigeant sur les poses et les décors, récupérer une tenue souvent abimée, payer de la publicité. C’était difficile.
Aujourd’hui, on pourrait aisément faire plus et mieux, sauf que c’est la médiocrité qui l’a emporté sur la qualité, notamment avec la démocratisation des vendeurs Chinois. Donc, l’un dans l’autre, ce serait finalement autrement difficile.

J’ai adoré ce passage de ma vie… Littéralement, et pourtant le doute m’accompagnait sans cesse, l’angoisse, le stress, j’en passe. C’est avec le recul que l’on se rend compte qu’on ne se laisse pas assez aller, que l’on créé de la résistance à toute chose, et qu’au lieu de créer, souvent on s’apitoie quand on ne procrastine pas.

Lorsque j’ai arrêté la couture professionnelle, j’étais très soulagée, je ne rentrais plus dans mes frais et mon atelier était au garage, glacé en saison froide. Je suis passé à l’onglerie, c’était extraordinaire, j’ai beaucoup aimé, j’ai réussi et je faisais un bon chiffre d’affaires. Ca n’a pas duré longtemps, le handicape de mon fils fera que l’école me poussera à le déscolariser, et moi à improviser. C’est ainsi que j’ai fait de mon talent de cartomancienne ma nouvelle activité professionnelle, puis une boutique ésotérique en ligne, jusqu’aux portes du chaos de ma vie en 2019. S’en est suivi une mise à l’épreuve de quelques années où j’ai un peu tout fait, parfois au black : corseterie, cartomancie, vente d’occasions, artisanat divers, avec des périodes de chômage et de formations.

Et puis… derrière cette lutte perpétuelle, mes livres, publiés dans ma maison au sein de laquelle je propose tout ce que je produis, globalement. Whaw. On pourrait presque se dire « tout ça pour ça ? ». Mmh… oui. Un éternel recommencement, un chemin en spiral, qui m’aura toutefois mené au coeur de moi-même. C’est plutôt pas mal !

Alors, je vous parlais de L’empire de Lucy, c’est parce que j’ai fait du tri et que je suis retombée sur la carte que j’avais dessiné pour mon site internet. Les rayons étaient des régions, et il suffisait de cliquer sur la carte pour y accéder. Ce n’était pas très au point, les sites « responsive » n’existaient pas, tout était souvent décalé, mais quand ça fonctionnait, c’était très classe !

J’avais ma carte de visite, mon flyer, et puis mes photos personnelles, mes dessins… J’avais honte de poser pour mes propres créations parce que je me disais que c’était très prétentieux ! Alors qu’en fait, pas du tout. Mais autre temps, autres moeurs, comme on dit.
J’ai également retrouvé tous mes patrons, mes schémas, mes idées, beaucoup qui n’auront même pas vu le jour.

Je proposais des mitaines, des manteaux, des jupes, des hauts, des robes médiévales, du vinyle, du satin, du crêpe… c’était un réel univers. Un très bel univers. Tous les corsets avaient une histoire, leur histoire, et je les livrai avec un poème qui était le leur également. On ne portait pas qu’un corset de créateur, une jupe atypique ou des mitaines élégantes, on portait une histoire, un rêve textile, une énergie poétique. C’était ce dont j’étais la plus fière, savez-vous, car je mettais au monde des rêves qui donnait beaucoup d’amour et de beauté à leur porteuses. c’était le but ultime de L’empire de Lucy, la propagation de Fantasia à travers les trames d’une étoffe. C’était se revêtir de magie. Sublimer son corps, lui offrir le meilleur, l’étreinte et la douceur.

C’est un billet de blog un peu nostalgique. Aujourd’hui, si je couds, c’est pour moi ou les miens, avec le plaisir délicieux de se dire qu’il n’y a aucune question d’argent derrière, aucune pression de rentabilité. A dire vrai, ce dont je suis nostalgique, c’est de cette naïveté qui m’habitait, qui sublimait mes idées, qui me faisait dépasser la fatigue. Quand une personne portait un corset tout juste sorti des griffes de la machine, qu’elle le déballait de son papier de soie mauve, et que ses yeux s’ouvraient grands sur la beauté qui était désormais sienne… ah ! comment vous dire ?!

Je vous laisse sur cette note suspendue faite de « oh ! » merveilleux et de « ah ! » de plaisir. Pour l’heure, je dois terminer de ranger toutes ces fantaisies dans l’armoire à couture, et préparer ma toute prochaine création. Le froid est là et mon dressing est maigre, il me faut me coudre quelques pièces bien adaptées. 😉

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